Prêt entre particuliers (P2P) : fonctionnement et risques
Comment les plateformes P2P relient prêteurs et emprunteurs, ce qui peut mal tourner — impayés, faillite de la plateforme, sortie difficile — et les règles en vigueur.
Par Équipe éditoriale de Wealth.cat Mis à jour le 18 octobre 2026
Qu’est-ce que le prêt entre particuliers
Avec le prêt entre particuliers (P2P), vous prêtez de l’argent, via un site ou une application, à des personnes ou à des entreprises qui veulent emprunter, et elles vous remboursent avec des intérêts. L’autorité financière britannique (FCA) le décrit ainsi : le crowdfunding entre pairs met directement en relation ceux qui veulent emprunter et ceux qui sont prêts à prêter. Vous prêtez à un emprunteur, recevez des remboursements au fil du temps, en général avec intérêts, et la plateforme prend une commission pour organiser et gérer le prêt.
Certaines plateformes prêtent à des particuliers, d’autres seulement à des entreprises. La Commission des valeurs mobilières de Malaisie (SC) décrit le financement P2P comme une activité de prêt entre entreprises et investisseurs, organisée sur une place de marché en ligne. Les règles européennes sur le financement participatif ne couvrent elles aussi que les prêts aux entreprises : elles ne s’appliquent pas lorsque le porteur de projet est un consommateur.
Ce guide ne recommande aucune plateforme. Il explique ce qui peut mal tourner et ce qu’exigent les régulateurs qui publient des règles sur le prêt P2P.
D’où vient le rendement
Votre rendement correspond aux intérêts payés par les emprunteurs, moins les commissions de la plateforme et moins les prêts jamais remboursés. La FCA rappelle que des gains plus élevés vont en général de pair avec des risques plus élevés, y compris celui de perdre votre argent.
Les règles européennes rendent les pertes visibles. Une plateforme doit publier chaque année les taux de défaut des projets proposés sur au moins les 36 mois précédents, et tout rendement cible qu’elle affiche doit tenir compte des frais et des défauts.
Une illustration avec des chiffres inventés : vous répartissez 1 000 entre 20 prêts de 50 chacun à 14 % par an. Si deux emprunteurs cessent de payer dès le début et que rien n’est récupéré, vous perdez environ 100. Les 18 autres prêts rapportent environ 126 sur un an : votre gain tombe à environ 26, soit 2,6 %, avant frais et impôts. Avec trois ou quatre défauts, vous seriez en perte.
Les risques que citent les régulateurs
- Les emprunteurs ne remboursent pas. Si l’entreprise dans laquelle vous avez investi fait faillite, vous pourriez perdre tout ce que vous avez investi (FCA).
- Aucun rendement n’est garanti. L’avertissement type de l’UE dit que vous pourriez ne tirer aucun rendement de votre investissement.
- Vous ne pourrez peut-être pas sortir. Selon la FCA, vous ne pourrez peut-être pas récupérer votre argent rapidement, voire pas du tout, en cas de besoin. Certaines plateformes permettent de revendre des prêts à d’autres prêteurs, avec un délai et sans garantie de récupérer toute votre mise.
- Ni garantie des dépôts ni indemnisation. Au Royaume-Uni, le crowdfunding en prêt est à haut risque et ne donne pas accès au fonds d’indemnisation des investisseurs (FSCS). Dans l’UE, les plateformes doivent informer leurs clients que leurs services ne sont pas couverts par le système de garantie des dépôts, et l’avertissement type précise que l’investissement n’est pas non plus couvert par les systèmes d’indemnisation des investisseurs.
- La plateforme elle-même fait faillite. L’UE impose aux plateformes des plans de continuité d’activité face au risque de leur propre défaillance, qui peuvent prévoir la poursuite de la gestion des prêts en cours. Demandez à toute plateforme qui encaisserait les remboursements si elle fermait.
Des règles qui limitent ce que risquent les prêteurs
Là où le prêt P2P est réglementé, les règles cherchent à éviter que l’on prête plus qu’on ne peut se permettre de perdre :
- Union européenne : avant de donner un accès complet, la plateforme évalue les connaissances d’un nouvel investisseur non averti et lui demande de simuler sa capacité à supporter des pertes, calculée à 10 % de son patrimoine net. Chaque fois que cet investisseur engage plus que le plus élevé de ces deux montants — 1 000 euros ou 5 % de son patrimoine net —, il doit recevoir un avertissement sur les risques et donner son consentement exprès. Il peut retirer son offre pendant un délai de réflexion qui expire au bout de quatre jours calendaires. L’avertissement type ajoute qu’il ne s’agit pas d’un produit d’épargne et recommande de ne pas investir plus de 10 % de son patrimoine net dans des projets de financement participatif.
- Malaisie : les opérateurs de plateformes doivent être enregistrés auprès de la SC, et une entreprise doit réunir au moins 80 % de son objectif avant de recevoir les fonds. Il n’y a pas de plafond légal pour les investisseurs, mais les particuliers sont encouragés à ne pas détenir plus de 50 000 ringgits de prêts P2P à la fois.
- Royaume-Uni : la recommandation générale de la FCA sur les placements à haut risque est de ne pas y consacrer plus de 10 % de votre patrimoine net total.
Si une plateforme n’est pas agréée là où vous vivez, aucune de ces protections ne s’applique peut-être à vous.
Avant de prêter
- Vérifiez sur le site officiel de votre régulateur que la plateforme est agréée ; au Royaume-Uni, la FCA appelle cet outil le Firm Checker.
- Lisez les taux de défaut publiés par la plateforme et la façon dont elle les calcule.
- Demandez ce que deviennent vos prêts si la plateforme ferme et où est conservé votre argent non investi.
- Demandez si vous pouvez revendre des prêts avant l’échéance, en combien de temps et à quel coût.
- Rappelez-vous que répartir de petites sommes sur de nombreux prêts limite les dégâts d’un défaut, mais pas ceux d’une crise qui touche beaucoup d’emprunteurs à la fois. Ne prêtez que ce que vous pouvez vous permettre de perdre.
Sources et références
- Understanding crowdfunding · 18 octobre 2026
- Understanding high-risk investments · 18 octobre 2026
- Regulation (EU) 2020/1503 of the European Parliament and of the Council of 7 October 2020 on European crowdfunding service providers for business · 18 octobre 2026
- Peer-to-Peer Financing (P2P) · 18 octobre 2026